Les illustrateurs, la Ville Lumière et la Mode

De la butte Montmartre à la Tour Eiffel, Paris, ses titis et ses boulevards Haussmanniens sont et seront toujours une source d’inspiration inépuisable pour les artistes.

Un art graphique se développe à Paris il y’a plus de 2 siècles

illustrateur Paris : femme en VéloLes premiers caricaturistes, affichistes, ou lithographes, comme Gustave Doré, Grandville, Henri de Toulouse-Lautrec avec ses peintures de Montmartre, ou Charles Gesmar avec Mistinguett et le Moulin Rouge, ont ouvert la voie à un métier d’art figuratif, graphique et qui se veut léger: le métier d’Illustrateur. Peut-on classer cette pratique dans la catégorie des « Arts mineurs », par comparaison à la peinture, sa grande soeur des « Arts majeurs »? L’illustratrice est-t’elle à la peinture ce que la chanteuse de cabaret est à la Grande Musique? Pourquoi pas, cette idée me convient. Je pense que ces créateurs d’images peuvent revendiquer la légèreté de leur pratique professionnelle. Art léger pour âmes légères?

Mais pourquoi cet Art si léger est-il tant attiré par cette belle cité de l’Amour? Si le Louvre ou la Cathédrale appellent à une certaine solennité (sans jeu de mot), il est facilement observable que la silhouette des rues de la butte aux Cailles ou de la rue des Martyrs est un brin plus souple et plus canaille que la masse imposante de la skyline de Manhattan et de ses avenues! Regardez la Tour Eiffel: n’a t’elle pas un air de bas résille virevoltant dans le vent? Dessiner Paris, les parisiens et les parisiennes nécessite de la légèreté, mais en lettres capitales. C’est pourquoi des millénaires après sa création, Lutèce est devenue à la fois muse et capitale des affichistes et caricaturistes en tout genre.

La capitale française est source d’inspiration

illustrateur Paris - une femme marche dans la rue

Ce je-ne-sais-quoi de Paname a aussi attiré une autre forme de création elle-même source d’inspiration: Paris est devenue une des plus grande capitale de la mode. La mode aime l’image et le dessin, qui le lui rendent bien. Une histoire d’amour existe depuis longtemps entre les dessinateurs, la ville lumière et la mode. Tous les ans, lors de la fashion week, dans la pénombre des défilés, loin des flash, des strass et des paillettes, puis jusque tard dans la nuit sous les mansardes de leurs ateliers, de petites mains agiles dessinent sur de grandes pages blanches de papier nu, d’écrans de tablettes ou d’ordinateurs. Ils sont là, esquissant de fières silhouettes de femmes se déhanchant sur les podiums, maniant les couleurs et les crayons comme autant de messages d’amour pour les robes, les créateurs et les mannequins qui leur font vibrer le coeur. Ils dessinent, croquent, esquissent, retouchent, colorisent, raturent, jettent, et re-dessinnent, re-croquent,… comme un ballet incessant, un tango passionné entre des amants qui se cherchent, … Combien sont-ils, anonymes, amoureux, souvent sans le sou mais les yeux, la plume et le trait plein d’espoir? Peut-on parler d’une armée de l’ombre qui cherche la lumière pour la courbe, le motif, ou bien la coupe d’un vêtement? Nous ne le saurons pas, car « La Cité de l’Amour » dans le dédale de ses petites rues sombres et gouailleuses garde bien ses secrets. Lutèce sait protéger ses illustrateurs et leur art léger des lourdeurs du monde. C’est aussi pour ça qu’on l’aime.

La ville lumière est propice à la création graphique

illustration parisiennes couverture magazineA chaque coin de rue il est possible d’observer un nouveau style appelant un dessin: à Bastille une parisienne en vélo exhibe son look à la fois chic et très naturel, Avenue Montaigne un couple de touristes ratisse les boutiques de marques de luxe, les jardins du Luxembourg concentrent une horde de stylistes en herbe profitant d’un décor unique et d’un public attentif. J’ai pu croquer et illustrer un grand nombre de ces lieux magiques de la Ville Lumière dans les illustrations de couverture du magazine Cerise: Saint Germain des Prés et son célèbre « Ali » le vendeur de journaux, Les vitrines des « Grands Magasins » à Noël, une scène à l’heure de l’apéritif devant la brasserie du quartier latin « La Palette », rue de Seine, 2 copines prenant le soleil dans les jardins du Luxembourg, la façade et l’entrée d’un célèbre Palace, et 2 jeunes demoiselles en balade devant le Panthéon. Des décors de rêves, des parisiens, des parisiennes et des personnages du monde entier: voici le parfait « mix » pour inspirer les créateurs du monde entier.

Exercer le métier d’illustrateur freelance à Paris

Donc Paris est bien l’endroit idéal pour s’inspirer du monde et des hommes et pour créer de belles images. Mais comment exercer ce métier si tentant, et si possible en  » Freelance « ?

Un bon coup de crayon, une volonté de graphite

illustratrice de mode

Cette question m’est souvent posée, et je vais certainement faire des déçus: il n’y a pas de recette miracle. La première chose, et ce n’est pas un scoop, est de savoir un minimum dessiner. Quand on veut faire caricaturiste, affichiste ou dessinateur, c’est que en général on a pas le choix: depuis tout petit on tient un crayon et on gribouille des petits personnages sur tous les bouts de papiers qui trainent, les bouts de nappes, les marges de cahier, les bras des copines. Et on n’a pas envie de faire autre chose. On rêve depuis toujours de faire du dessin son métier. Ca c’est la base, car de la motivation et de la persévérance, il va en falloir. Donc un bon « coup de crayon » à la base va s’avérer utile et idéalement il est préférable d’acquérir quelques techniques d’arts appliqués et de graphisme pour apprivoiser ce coup de crayon, en suivant une formation aux métiers artistiques.

Une formation artistique et un diplôme sont un plus!

Il en existe beaucoup, du BTS design graphique, DNA Diplôme national d’Art option design, en passant par le Diplôme national supérieur des ArtsIllustration pour l'horoscope du magazine ELLE India- illustration for the horoscope of the magazine ELLE India décoratifs (ENSAD), ainsi qu’une multitude d’écoles d’Art privée. J’ai personnellement opté pour l’Ecole Pivaut (supérieure technique privée d’arts appliqués et dessin narratif) qui proposait une formation de designer graphiste généraliste en 3 ans avec une option illustration graphique. On y perfectionne son dessin mais on s’ouvre aussi aux autres formes d’expression artistique, et on y apprend les rudiments du métier de designer ou de graphiste: la rencontre avec le client, la traduction d’un texte, d’un brief ou d’une idée en image, les outils (plume, feutre, aquarelle, encre de chine, etc), la diversité des supports print (affiche, livre, magazine, plaquette, …), multimédia (site internet, jeux vidéo, e-learning, animatique, …) ou audiovisuel (video, film, etc), et on y développe son sens du visuel.

Dessinatrice indépendante en mode solo …

illustratrice société Elle

Une fois que l’on est formé, que l’on a à peu près compris ce qu’était le métier, et qu’idéalement on a fait quelques stages (j’en ai personnellement fait 2 en agence de publicité), et bien reste… à trouver des clients…. et des commandes… Et ça ne se trouve pas sous le sabot d’un cheval comme on dit dans ma Bretagne natale. Il faut donc essayer de faire connaître son travail, qui présente de préférence un style bien affirmé afin d’être identifié auprès des clients et secteurs utilisateurs d’illustrations: la publicité, la presse et l’édition. Lorsque j’ai commencé, j’allais visiter les directeurs artistiques et les éditeurs avec mon book et plusieurs dizaines de mes visuels imprimées. Aujourd’hui, savoir concevoir, créer et référencer un site internet avec l’ensemble de ses portfolios est un avantage énorme qui permet d’être visible et identifié par un large public, dont les professionnels. Lorsque l’on décroche ses premières commandes, le plus important reste bien-sûr d’aller les fêter au restaurant. Mais, le lendemain, il ne faut pas oublier que l’on va avoir besoin d’un statut pour exercer son métier et surtout pour pouvoir facturer, ce qui est nécessaire pour manger et donc pour survivre (cqfd). Pour l’affichiste français ou l’illustratrice qui veut être indépendant (free-lance), le plus simple me paraît d’opter pour le statut d’artiste-auteur et de facturer ses créations et ses droits d’auteur dans le cadre de la maison des artistes (ou de l’AGESSA si il est plus auteur).

… ou avec un agent d’artiste

agent illustrateur

Avec un style affirmé, un site internet bien fait, un planning bien organisé, un statut cadré et des prix cohérents, les premières commandes devraient arriver! J’ai personnellement opté pour gérer moi-même mon planning et mes relations avec mes clients en France. Après 20 ans de pratique, j’ai acquis pas mal d’expérience dans la compréhension des demandes qu’il s’agisse de concepts publicitaires ou de direction artistique dans la presse, l’édition ou le livre. Je n’ai pas ressenti jusque là le besoin de collaborer avec un agent à Paris ou ailleurs en France, du moins pour le moment (je ne suis pas fermée!). Je comprends cependant très bien l’intérêt d’un agent pour les artistes ou créatifs qui peuvent ne pas être à l’aise avec les plannings ou la relation avec les agences ou les clients. Pour moi le cas est différents en ce qui concerne les autres Pays, comme les Etats-Unis, le Japon, ou même l’Allemagne. Les différences culturelles et linguistiques font qu’il me parait intéressant, voir nécessaire, de collaborer avec des agents dans ces pays. Cela fait donc maintenant presque 4 ans que je collabore avec différents agents dans le monde, notamment aux USA.

Après, j’encourage tout ceux qui voudraient se lancer à le faire! C’est une aventure de tous les jours, mais si c’était à refaire… je recommencerais!